Premier
album d’un duo franco-espagnol précédé par une réputation flatteuse (et
surtout fondée). A l’image de leur visuel, épuré, espacé et personnel,
leur electro-pop affinée promet des heures de contemplation d’un
immaculé bien-être.
Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?
Après cette magnifique accroche pour annoncer leur label All Saints Records, précisons que celui-ci est le refuge de Brian Eno, Jon Hassle et Harold Budd, ce qui n’est tout de même pas rien. Présentés comme étant dans la droite lignée d’Air et des prodigieux Röyksopp, comparés à Björk et Portishead,
les deux symbiotes ne manquent donc pas de références prestigieuses.
Mais qu’en est-il vraiment ? Et bien il y a un peu de tout ça dans
cette musique affranchie des limitations terrestres. Globalement
électronique, enrobée de légèreté, elle ne laisse transiter que de
rares accords de guitare (les vaguelettes et stridences électriques d’Angel of night), quelques notes fugaces et volubiles (Meditation Park,
tout en grâce et parfaite définition de l’état d’esprit du disque)
parmi ses beats poudrés et ses nappes en suspension, ces samples
déformés et ces bruitages à la pureté toute synthétique (le bijou To Russia in white).
Accumulant les trouvailles sonores avec un sens du détail substantiel,
le duo dessine à grands coups de lignes claires des espaces propices
aux errances les plus songeuses : mélancolies planantes et spleens
célestes s’y dissolvent et s’y étalent ainsi en ondoiements lumineux.
Vaque à bout
Et pour résonner au milieu des ces
buildings vêtus de transparences (œuvres du songwriter Juan Feliu), il
y a une voix, celle de Pascale Saravelli, qui enveloppe, berce,
s’insinue dans les moindres pores et parcourt l’échine, qu’elle se
perde en échos déphasés à la manière de l’Islandaise précitée (Iceland le bien-nommé), se fusionne avec délice à celle de son acolyte (le double monologue de Rannveig), se démultiplie, s’efface en filets doucereux, vocalises de fond ou jeux de graves (Barunka left),
elle surplombe le moindre vide, se déploie avec un charme jamais
démenti. Tour à tour lancinante, amusée, troublante ou tissant ses
complaintes jusqu’à l’abstraction, elle s’avère le parfait complément
de ces comptines volatiles et métissées.
Ce disque n’a pas fini d’enchanter les sens de ses volutes
artificielles et fragrances organiques. Approprié aux tâtonnements
mentaux les plus agréables comme aux coups de bourdons les plus
insidieux, le premier album de Vacabou marie voix et matrices électroniques avec un rare bonheur. A savourer sans tarder.
Vacabou – Vacabou
01. Meditation Park
02. To Russia in white
03. Life as interference
04. Plain
05. Rannveig
06. Blue Glass Highway
07. Barunka left
08. Iceland
09. Angel of night
10. Dream Ner 9 This week : Pdlv Piano Zdenek
le 12/09/2005
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